ESSpresso : ma journée au rendez-vous des financeurs de l'ESS
Le 8 octobre, je suis allée à l'ESSpresso organisé par la CRESS Nouvelle-Aquitaine à la Maison Écocitoyenne de Bordeaux Métropole, autour du thème « Bordeaux Métropole investissement et foncier ».
Pour ceux qui ne connaissent pas encore le format : les ESSpresso sont des rendez-vous d'affaires conçus pour faciliter les connexions, renforcer les coopérations entre acteurs économiques d'un même territoire et promouvoir l'économie sociale et solidaire. Ils s'adressent aux structures de l'ESS — associations, coopératives, mutuelles, fondations et sociétés commerciales de l'ESS — mais aussi aux acteurs privés ou publics hors ESS désireux de collaborer avec ces entreprises.
Le principe est efficace : une vingtaine de structures participantes par édition, et pour chaque participant·e, 4 à 5 rendez-vous ciblés pour se faire connaître, développer son activité commerciale et renforcer son réseau de partenaires. Le tout en une demi-journée (3h), avec un tour d'actualités territoriales, des temps informels et — bonus non négligeable — le catalogue des contacts de l'ensemble des participant·es. Les objectifs affichés disent tout : promouvoir l'offre de biens et services de l'ESS localement, soutenir l'activité des entreprises de l'ESS et encourager la création de projets innovants par la coopération inter-entreprises.
C'est exactement ce qu'il faut quand on pilote une structure de l'ESS : on repart avec des noms, des dispositifs concrets.
Voici ce que j'en retiens, en espérant que cela serve à d'autres porteurs de projets.
Des fondations d'entreprises qui financent des projets de territoire
C'est sans doute la partie la plus dense de la journée : plusieurs fondations étaient présentes et cherchent explicitement des projets à soutenir dans le réemploi, la transition écologique et l'action sociale.
**La fondation Alpes Contrôles** (Clément Dufour) pratique le mécénat de projet à hauteur d'environ 10 000 € par an et par projet, avec trois temps de sélection (mars, juin, novembre) et une présélection d'environ 7 lauréats à chaque étape. Les axes éligibles recoupent largement nos champs : agriculture bio et transition énergétique, réemploi dans le BTP, sensibilisation, pour de l'investissement et/ou du fonctionnement. Prochaine échéance : dépôt limité à mi-février pour la sélection de mars. La fondation est également ouverte au mécénat de compétence.
**Ceetrus / NHOOD** (Philippe Delouard) intervient sur la « régénération du vivant » sous l'égide de la Fondation de France : 15 à 20 projets par an, avec des enveloppes de 15 000 à 20 000 €, possiblement pluriannuelles — des candidatures sont recherchées pour des projets 2027. La fondation fait partie du groupe Mulliez (NHOOD). Peut aider sur du foncier dans des centres commerciaux. L'idée d'implanter le réemploi dans les temples de la consommation du neuf mérite qu'on s'y intéresse de près.
**La fondation SNCF** (Thierry Merlaut) soutient l'accompagnement des jeunes et la solidarité. Personne que je n'ai pas pu rencontrer car son carnet de rendez vous était bien rempli, je reprendrais contact.
**AG2R La Mondiale** (Magalie Doray, responsable développement action sociale Aquitaine) apporte une brique moins connue : l'engagement vieillesse et bénévolat. Concrètement, la caisse accompagne les salariés dans les difficultés de vie, intervient en action sociale individuelle selon la caisse retraite d'affiliation, et propose des interventions de sensibilisation (ateliers « connaître ma caisse de retraite », accompagnement vers la retraite) au sein des structures. Piste à explorer côté bénévoles comme côté salariés — et à relayer sous forme de webinaires pour les personnes concernées. Rendez vous est pris pour reprendre contact e fin d'année.
Les financements d'accompagnement et de garantie
**France Active** (Isabelle Chevalier) : fonds de garantie et fonds de prêt (dont Cap'am), un levier classique mais décisif pour les structures qui n'ont pas d'accès facile au crédit bancaire.
**La Région** était représentée par Mathieu Joerger, chargé de mission, sur l'accompagnement des porteurs de projets et le soutien aux PAT (projets alimentaires de territoire). À ne pas oublier dans les montages : les collectivités territoriales financent au-delà des dispositifs« déchets ».
**Malakoff Humanis** (Marion Pauline) intervient sur le bien vieillir, l'innovation et l'expérimentation, avec une exigence forte : mesurer l'impact social. Ce message revient comme un leitmotiv chez tous les financeurs — pas de financement durable sans mesure d'impact.
Les banques : un écosystème à connaitre
Autre enseignement utile de la journée : toutes ne se valent pas face aux structures de l'ESS, et le bon interlocuteur existe souvent dans chaque établissement.
- **Société Générale** (Marlène Charrier) : facilitatrice de réseau ;
- **Caisse d'Épargne** (Jean-François Fanti, CEAPC) : accompagnement en financement ;
- **Caisse Sociale de Développement Local** (Nathalie Bijoux) : aide à l'accompagnement ;
- **CASDEN** (Christian Morisson) : financement ;
- **Crédit Coopératif** (Stéphane Delvaux) : la banque historiquement liée à l'ESS ;
- **Crédit Mutuel Sud-Ouest** (Florence Tesson).
Leur présence à un ESSpresso en dit long : l'ESS est devenue un segment bancaire identifié. Autant créer la relation avant d'en avoir besoin.
Ce que je retiens
Trois enseignements pour conclure :
1. **Les financeurs cherchent les projets autant que l'inverse.** Alpes Contrôles comme Ceetrus sont en recherche active de dossiers dans le réemploi et la transition énergétique. Une candidature bien argumentée, calée sur le calendrier de sélection toutes ses chances.
2. **La mesure d'impact est devenue le sésame.** Malakoff Humanis comme les fondations le répètent : un projet financé est un projet mesuré.
3. **Le réseau se construit en amont.** Ces rendez-vous ne servent pas à signer, mais à identifier les bonnes personnes et les bons calendriers — puis à prendre les rendez-vous suivants. De mon côté, plusieurs contacts à reprendre en fin d'année après discussion avec l'équipe ReNAITRe pour construire un projet sur avril-juin, avec budget et mesure d'impact.
L'ESSpresso, comme son nom l'indique, se boit vite mais se digère longtemps.
Prochaine étape pour l'équipe : consolider le dossier projet, caler les échéances de dépôt, et revenir en mars avec un projet mûr.
Et pour les structures qui hésiteraient à franchir le pas : ces rendez-vous se tiennent partout en Nouvelle-Aquitaine, en présentiel, avec 15 à 50 structures participantes selon l'édition.
Pour une structure de l'ESS, c'est l'occasion de trouver des conditions favorables pour activer des partenariats ; pour une entreprise classique, de s'ouvrir à l'écosystème ESS et de renforcer sa culture de l'impact positif ; pour une collectivité, de consolider le lien avec les entreprises de son territoire.
Mon conseil : inscrivez-vous à la prochaine édition
Merci à Nicolas Perez et Louise Allonneau de la CRESS pour la parfaite organisation.
Nous avons été entendues.
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